Euroméditerranée en version "pulse"


Rédigé le Vendredi 13 Février 2026 par Jacques Poulain


Dans un cycle immobilier chahuté et un environnement politique instable, Euroméditerranée avance à contretemps de l’incertitude. L’établissement public d’aménagement sécurise ses financements jusqu’en 2040, déploie de nouveaux outils pour soutenir le commerce et élargit son périmètre d’intervention au traitement des copropriétés dégradées.


© JP - Isabelle Campagnola-Savon et Aurélie Cousi ont présenté les grands projets 2026 d'Euroméditerranée
L'établissement public d'aménagement Euroméditerranée (EPAEM) met le cap sur 2040. Sans baisser les voiles malgré le gros temps. « Notre priorité est de trouver de la stabilité malgré le contexte national difficile », a insisté Isabelle Campagnola-Savon, présidente de l’EPAEM, lors d’un point presse ce 11 février. La nouvelle feuille de route s’appuie sur un sixième protocole d’engagement signé à l’été 2025, garantissant 249 M€ de financements d'ici 15 ans. « Ce protocole engage l’État et les collectivités dans une gouvernance partagée et efficace et nous permet de programmer à long terme. »
Deux mois après son élection à la tête du conseil d’administration de l'établissement public, l'élue régionale a décliné les trois axes stratégiques de sa feuille de route. 
 

Une foncière pour éviter l’effet "vitrine"

Premier levier : la création d’une foncière commerciale, structurée en 2025 et désormais en discussion avec des investisseurs. L’outil, inspiré de la foncière développée au sein d’ID AMP avec le Crédit Agricole Alpes Provence, doit permettre de porter dans la durée les 30 000 m² de commerces programmés sur les 54 hectares de la Zac Littorale.
« Nous ne voulons pas produire des quartiers vitrines. Nous voulons des quartiers vivants », insiste Isabelle Campagnola-Savon. « Les rez-de-chaussée sont un enjeu crucial : c’est là que se joue l’ancrage local, la vitalité, la mixité des usages. »

Pour Aurélie Cousi, directrice générale de l’EPAEM, le pari reste exigeant : « Garantir le commerce est complexe. Il faut une intensité de vie suffisante, des habitants, des salariés. La foncière nous permettra de prendre des positions dans le temps long. » À l’échelle nationale, de plus en plus d’aménageurs internalisent ce portage commercial face aux défaillances du marché. Reste que la réussite dépendra du rythme effectif de livraison des logements et de la création d’emplois (encore inférieur aux ambitions initiales) et de l’évolution des modes de consommation.
 

« Euromed Pulse » : consolider le récit économique

Deuxième axe : affirmer le positionnement tertiaire du quartier d’affaires de la Joliette. En 2025, 34 475 m² de bureaux ont été placés, soit près d’un cinquième des volumes métropolitains.
« Euroméditerranée est un quartier d’affaires reconnu, mais nous devons exploiter pleinement l’opportunité métropolitaine, notamment avec les projets industriels de la zone de Fos-Berre », souligne la présidente.
Pour soutenir cette dynamique, un nouvel événement, "Euromed Pulse", sera lancé à l’été autour du thème "l’économie à la rencontre de la ville". L’objectif est de démontrer l’articulation entre formation, emploi et logement, et de rassurer investisseurs et promoteurs dans un contexte marqué par la montée du télétravail et la rationalisation des surfaces de bureau. Si le marché métropolitain résiste mieux que les places parisienne ou lyonnaise, la soutenabilité d’un modèle fortement adossé au bureau reste sous surveillance.
 

Transition écologique : l’Euromed "vert" sous contrainte budgétaire

Le projet d'aménagement du parc du ruisseau des Aygalades porté par l'équipe Michel Desvignes paysagiste. © Michel Desvignes
Troisième pilier : la transition environnementale. Plantations massives, extension du parc Bougainville, renaturation du ruisseau des Aygalades, plateforme de réemploi au Canet… L’établissement public entend faire de la nature un fondement de l’aménagement urbain. « La nature en ville n’est pas un supplément d’âme, c’est une infrastructure essentielle », martèle Isabelle Campagnola-Savon.

Lauréat du plan France 2030, le futur parc des Aygalades (16 ha, 64 M€ d’investissement) servira de démonstrateur, avec un jardin d’expérimentation dédié à la refertilisation in situ des sols urbains. « Nous mettons en place une véritable économie circulaire à l’échelle du territoire », assure la présidente. Un volontarisme écologique qui devra néanmoins composer avec la question, souvent sous-estimée, de la maintenance et des coûts d’exploitation à long terme.
 

Logement : un cycle encore ralenti

Sur le résidentiel, la reprise demeure timide. En 2025, 100 logements ont été livrés, 250 autorisés et 400 fonciers cédés au sein de l’Opération d'intérêt national (OIN), loin des 400 à 500 unités annuelles visées. « Nous sortons d’une période très tendue. Les signaux redeviennent positifs, avec des taux stabilisés autour de 3,10 %, et une commercialisation des programmes qui retrouve un rythme soutenable », analyse Aurélie Cousi.
Avant de tempérer : « Nous sommes au ralenti, mais pas stoppés ! »

La sociologie des acquéreurs reste conforme à la cible initiale : 80 à 90 % de résidences principales, majoritairement locales, avec une forte proportion de primo-accédants de moins de 30 ans. « C’était notre cible : elle est au rendez-vous. » À terme, l’OIN vise 40 000 habitants, l’équivalent d’une ville moyenne concentrée sur 3 % du territoire marseillais. La moitié de cet objectif est aujourd’hui atteinte.
 

Un nouveau noyau villageois à Cazemajou et première incursion hors périmètre

À Gèze, 65 M€ HT d’investissement sont programmés pour recomposer les abords du pôle d’échange multimodal et créer une véritable place urbaine connectée au futur parc des Aygalades. Le chantier, mené en site occupé, impose un phasage complexe jusqu’en 2030. À Cazemajou–Vintimille, la future Place des Libertés structurera une nouvelle centralité mixte (34 000 m² de logements, 20 000 m² de bureaux, équipements éducatifs), avec une attention marquée à la désimperméabilisation et aux mobilités douces. 
« Il y a deux ans, observe Aurélie Cousi, ce secteur faisait la Une des médias pour de mauvaises raisons. En 2026, il incarnera un nouveau noyau villageois ».

L’élargissement du périmètre d’intervention d'Euroméditerranée à l’ensemble du territoire marseillais trouve une première traduction opérationnelle dans le dossier sensible de la copropriété du parc Bellevue-Félix Pyat, à Saint-Mauront (3e). L’établissement devrait se voir confier par la Métropole la concession d’aménagement de cette opération de rénovation lourde, inscrite dans le NPNRU. La grande copropriété (643 logements, répartis en huit bâtiments) est dans le viseur des pouvoirs publics depuis plus de trente ans. La Tour B, immeuble de grande hauteur en situation d’obsolescence et de non-conformité incendie, est aujourd'hui détenue à 80 % par Marseille Habitat.

« On part pour un chantier d’au moins dix ans, avec l’appui de l’Anru, de l’État et des collectivités », annonce Aurélie Cousi, qui met en avant « l’expertise de l’EPAEM en matière de renouvellement urbain ». Pour autant, la directrice générale ne minimise pas l’ampleur du défi : « Nous avons le savoir-faire pour ce type de dossiers, mais ce qui est certain, c'est qu'on ne pourra pas en gérer quinze. » S’aventurer dans les méandres d’une grande copropriété dégradée, marquée par des problématiques sociales et sécuritaires lourdes, soulève des enjeux qui dépassent le champ de compétence d’un établissement d’aménagement.

 



Jacques Poulain
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