L'Upe 13 et La Provence reçoivent les candidats


Rédigé le Mercredi 4 Mars 2026 par Michel Couartou


Le syndicat patronal et le quotidien régional ont tenu ce mercredi un grand débat avec trois des candidats aux municipales de Marseille sur le thème du développement économique. Au terme de ces échanges, intenses sur le fond, Philippe Korcia, président de l'Upe 13, a proposé à chacun de signer un "Pacte Eco" pour s'engager à coconstruire l'avenir avec le monde économique.


En tribune, de gauche à droite, Martine Vassal, Benoît Payan, Franck Allisio et Olivier Biscaye. (photos © Georges Vermont)
En partenariat avec le quotidien La Provence, l'Upe 13 avait convié les quatre principaux candidats aux municipales de Marseille à débattre sur le devenir économique du territoire métropolitain. Le syndicat patronal a proposé à chacun d'eux de s'engager sur un Pacte Eco, à la manière d'un pacte d'associés, pour coconstruire ensemble les actions à mener face aux défis qui attendent la métropole (nous détaillons dans un autre article le contenu précis de ce Pacte Eco). 

Sébastien Delogu ayant fait part la veille d'un empêchement de dernière minute, il se sont retrouvés trois ce mercredi matin 4 mars dans les locaux de Grand Central, le siège de La Provence. Par ordre alphabétique, comme les a présentés Olivier Biscaye, directeur de la rédaction du quotidien phocéen, qui animait les échanges, Franck Allisio, pour le Rassemblement National, Benoît Payan, divers gauche et maire sortant, et Martine Vassal, candidate pour la droite et le centre, présidente du Département et de la Métropole, ont déroulé pendant deux heures leurs visions du développement économique, dans une ambiance respectueuse et calme, loin des invectives personnelles. 
 

Revenir dans le Top 20 ?

En introduction, chacun a été invité à définir sa vision de l'économie du territoire et de ses enjeux. Pour Franck Allisio, si le but est de libérer Marseille "des semelles de plomb des normes et de la décision politique", le premier enjeu est la sécurité, "préalable essentiel à tout développement économique". Il se dit "pro travail, pro entreprise, et pro pouvoir d'achat" et s'il s'installe dans le fauteuil de maire, son bureau "sera toujours accessible au monde économique".
Pour Benoît Payan, le rôle primordial de la puissance publique "est de créer les conditions politiques et sociales pour que les entreprises puissent se développer". Se défendant d'être un acteur direct du tissu économique, il revendique d'investir "des centaines de millions d'euros" avec la Métropole, pour "rendre la ville accueillante". Il estime que la question centrale est l'attractivité. "Marseille est une marque, connue dans le monde entier. Il faut faire en sorte que les entreprises qui veulent s'y installer s'y sentent bien"
Pour Martine Vassal, les objectifs sont concrets, "faire de Marseille la porte d'entrée logistique de l'Europe du sud, faciliter au maximum la venue de nouvelles entreprises et créer un pont avec l'Afrique, le continent qui est appelé à se développer fortement dans les prochaines décennies. Marseille doit s'affirmer encore plus comme capitale de la Méditerranée." 

La première question est posée par Émilie de Lombarès, présidente du directoire d'Onet et présidente du Club Top 20. Quelles actions concrètes le futur maire élu compte-t-il prendre pour faire revenir Marseille dans le Top des 20 premières villes d'Europe ?
Benoît Payan pense que le temps de l'industrialisation est passé. "Aujourd'hui, on peut accueillir toutes sortes de sociétés qui veulent du bien-être pour leurs salariés. Marseille a des atouts naturels, mais ils ne suffisent pas. Il faut qu'elle devienne une ville-monde. Le fabricant de logiciels de Dublin, par exemple, a un grand choix pour venir au soleil, de Valence en Espagne jusqu'à Gênes. La différence de Marseille, ce doit être le sens, l'attractivité, le mode de vie."
Martine Vassal rebondit sur la proposition d'une gouvernance économique partagée avec le tissu économique. Et elle met quelques préalables à la réussite. "La sécurité en premier lieu. Nous devons établir un continuum entre police nationale et police municipale, augmenter les effectifs, augmenter la vidéo-surveillance, verbaliser plus. En second, il faut plus de propreté. Là aussi, il faut sensibiliser les gens par la persuasion d'abord et par la verbalisation ensuite. Et puis, il faut que les salariés puissent se loger. La relance de la construction de logements est indispensable. Autour du projet de nouvelle gare Saint Charles, à la Belle de Mai, il y a d'énormes potentialités de foncier."
Franck Allisio propose la création d'une Maison des entrepreneurs et des talents, avec une synergie pouvoirs publics - acteurs privés. "Je privilégierai aussi la construction de logements, mais la mobilité est tout aussi importante pour que les salariés puissent se déplacer facilement dans la métropole. Et il faut développer une offre de formation en accord avec les acteurs locaux."  
 

Réformer la fiscalité ?

Jérémy Estrader, vice-président de l'Upe 13 et directeur général adjoint de la Cepac, pose la deuxième question, celle de la fiscalité. Il pointe le fait que 68 % de la fiscalité locale proviennent des entreprises et souvent elles ne voient pas à quoi servent ces sommes. Comment stabiliser la fiscalité et la rendre plus efficiente ?
Martine Vassal s'engage à ne pas augmenter les impôts sur la prochaine mandature si elle est élue. Et propose de mieux répartir les investissements. "Sur le versement mobilité, par exemple, nous devons être plus efficaces, travailler ensemble, avec les entreprises, dans le cadre de cette gouvernance partagée dont je parlais, pour bâtir un plan de mobilité qui corresponde à leurs attentes." 
Franck Allisio voudrait faire en sorte que les entreprises sachent pour quoi elles payent. "Je vais créer un tableau de bord fiscal avec des objectifs fixés pour chaque taxe, de façon à ce qu'on puisse faire des bilans de ce qui est réalisé. Nous commencerons par un triple audit, financier, foncier et ressources humaines pour identifier les économies possibles dans le budget. Je préfère économiser plutôt que de créer de la dette supplémentaire."
Pointant le fait que le taux de la CFE dans la métropole se situe dans la moyenne nationale, Benoît Payan précise qu'on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. "On ne peut pas en même temps augmenter les efforts sur la sécurité et la propreté, par exemple, et baisser les impôts." Pour lui, le véritable gisement de financements possibles se trouve à la Métropole, dans les attributions de compensation qu'elle doit reverser aux communes membres. "Cette redistribution aux communes existe dans toutes les métropoles, mais elle tourne autour de 20 % du budget global. De par la loi, Aix-Marseille-Provence est obligée de reverser 67 % de son budget aux communes. C'est une véritable catastrophe."
 

Activité portuaire : les croisières et la ré-industrialisation de Fos-Berre

Martin Féraud, président de l'Union maritime et fluviale (UMF) Marseille-Fos, détaille les efforts considérables qui sont faits par la place portuaire pour la transition écologique et notamment la réduction des émissions polluantes. Il demande aux candidats que pourrait faire la mairie pour s'engager plus aux côtés des acteurs du port. 
Franck Allisio préconise d'améliorer la connexion avec l'hinterland et de nouer des partenariats avec les autres ports méditerranéens. "Il faut également miser sur le tourisme durable en développant l'acceptabilité de l'activité par les riverains, un port plus silencieux, moins générateur de fumées, avec des zones végétalisées." Il promet qu'il créera un adjoint chargé spécialement des relations avec le port.
Pour Benoît Payan, le problème du port est un problème de gouvernance. "C'est un Etat dans l'Etat. Le président et le directeur général sont nommés par le gouvernement et la structure port ne dialogue pas avec la ville. Marseille est devenue ce qu'elle est grâce à son port et tous les maires qui se sont succédé ces dernières décennies n'ont aucun pouvoir sur le port. C'est absolument anormal. Le maire ne doit pas être spectateur de ce que fait le GPMM."
Martine Vassal rappelle que la Métropole a participé à l'électrification des quais pour diminuer les émissions de fumées des bateaux à quai. Elle préconise elle aussi de développer la liaison fluviale par le Rhône "pour atteindre le coeur de l'Europe". Elle voudrait que le port participe davantage aux projets innovants de transition écologique en mettant à disposition du foncier, "comme il l'a fait pour la boucle à eau de mer". 

Rachid Boudjema, secrétaire général des taxis marseillais et les journalistes du service éco de La Provence, Geneviève Van Lede et Rislène Achour, posent la question des croisières et de l'orientation à donner à la politique d'accueil des touristes. Martine Vassal pense que "le tourisme fait aussi venir des entreprises, quand des responsables viennent passer des vacances à Marseille. C'est pour cela que je veux ouvrir le tourisme sur les 4 saisons, avec des événements, des rendez-vous sportifs ou des grandes expos dans les musées." Les croisiéristes sont les bienvenus pour elle, à condition qu'on "organise mieux les circuits de visites dans toute la ville et même dans l'arrière-pays, dans les autres villes du territoire".
Franck Allisio est lui aussi favorable à un développement des croisières, mais il faut réaménager tout le littoral "depuis le Mucem jusqu'aux Terrasses du Port". Il propose de reconstruire le Centre Bourse autour du Musée d'Histoire, "avec une halle gourmande, un campus dédié à l'IA, pour en faire le vaisseau amiral du centre-ville"
Benoît Payan, pour sa part, distingue entre les croisiéristes low-cost, "ceux qui n'ont pas les moyens de payer plus cher que 500 € la semaine, et ils ont bien le droit aussi de partir en vacances, mais ils ne sortent pas du bateau. Marseille n'a aucun intérêt à développer ce genre de croisiéristes, qui ne viennent même pas visiter le centre-ville." En revanche, il y a des croisières plus qualitatives, "sur des bateaux plus petits, de 120 à 130 m, dont la taille permet d'accoster au J4 et qui ont les moyens de venir visiter Marseille. C'est ce type de croisières que je veux développer à Marseille."

Jean-Michel Diaz, président du GMIF (Groupement maritime et industriel de Fos) et Pascal Kuhn, président de l'UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie) Alpes-Méditerranée, demandent si le futur maire de Marseille est prêt à faire du renouveau industriel de la zone portuaire de Fos-Berre une priorité, sachant que le taux de chômage des jeunes sur le territoire atteint presque 30 %. 
Benoît Payan acquiesce. "La plus grande université francophone du monde est à Marseille et c'est là qu'on trouve le plus faible taux de diplômés. Bien sûr que les « petits des quartiers » doivent avoir leur place dans le développement futur de la zone Fos-Berre. Il faut combler le vide sidéral gravissime de la formation professionnelle et fabriquer une liaison de transport pendulaire entre le nord de Marseille et les zones d'Aix-Marignane et de Fos-Berre. La ville de Marseille peut y participer, mais elle ne fera pas toute seule. Les pouvoirs publics, et surtout l'État, doivent être moteurs."
Martine Vassal pense qu'il faut faciliter l'installation d'entreprises nouvelles "en allégeant les procédures administratives". Elle propose de créer des Maisons du mérite (à l'image des Maisons du Bel-Âge) "pour créer de l'espoir pour les jeunes, leur tendre la main. Nous allons travailler main dans la main avec le Rectorat et développer l'apprentissage."  Franck Allisio, pour sa part, veut "remettre en route l'ascenseur social en relançant l'apprentissage grâce à une prime municipale. Il faut en même temps créer un Campus des métiers de l'industrie et un guichet unique avec la Ville de Marseille, l'État, la Métropole, le Département et la Région, pour prendre ensemble le plus vite possible les décisions qui s'imposent sur ce projet."
 

Les entreprises et la mobilité

Cyril Sauvat, président de la fédération du Btp 13, pose alors la question des marchés publics, des appels d'offre qui se soldent le plus souvent par l'attribution au moins-disant et non pas au mieux-disant et d'une façon plus générale la problématique de la relance de la construction de logements. Pierre Veyres, président du Cercle Avenir, pour sa part, apostrophe le futur maire sur le problème de la mobilité des salariés et de l'utilisation du versement mobilité.

Franck Allisio estime que relancer la production de logements est "vital". Il pose en ligne de mire l'objectif de 5000 logements par an et propose de "créer un chef de dossier, avec calendrier précis, pour chaque opération, de façon à obtenir un strict respect des délais". Benoît Payan pense que pour une adjudication au mieux-disant, "la collectivité doit être mieux protégée par rapport aux recours. C'est une difficulté judiciaire très complexe. Seule la loi peut régler cette situation." Pour ce qui est de la mobilité, il revient sur son projet de pendulaire entre Marseille et Fos, "mais cela va coûter très cher. Certes, Marseille en grand nous a amené beaucoup de crédits, mais un projet comme celui-là n'est pas pris en compte et quand on regarde les investissements réalisés ailleurs, en Ile-de-France ou dans d'autres régions, on voit bien que l'État pourrait aller encore plus loin pour la métropole de Marseille."
Martine Vassal demande à Cyril Sauvat de prendre acte que "le Département et la Métropole soutiennent à fond le Btp". Elle estime que "si le cahier des charges des appels d'offres est bien rédigé, il n'est pas difficile de choisir le mieux-disant". Quant à la production de logements, elle revient sur l'aménagement "de Saint Charles et de la Belle de Mai. Il y a là un gisement très important de logements à construire et à réhabiliter". Pour ce qui est de la mobilité et des investissements à réaliser, Martine Vassal rappelle qu'elle a déjà "été chercher de nouveaux financements jusqu'à l'Union européenne"

A une question du journaliste de La Provence, Lorenzo Hasni, sur les solutions immédiates à mettre en place concernant les transports en commun, Franck Allisio propose que "les voies de bus soient ouvertes à tous ceux qui font du co-voiturage". Il préconise de prolonger le tramway jusqu'à Luminy d'un côté et l'Hopital Nord de l'autre. Il se dit par ailleurs "favorable au boulevard urbain sud, le BUS, avec une partie couverte". Martine Vassal estime pour sa part que "la révolution des transports a déjà commencé avec le tram qui relie le nord au sud, de Gèze jusqu'à la Gaye, avec la refonte de toutes les stations de métro et l'accès PMR, avec la multiplication des voies douces. Bien sûr, il faut continuer le BUS pour que tous les habitants des quartiers concernés puissent avoir un raccordement rapide à l'autoroute." Elle propose de revoir ensemble le plan de déplacements et d'accentuer les démarches auprès de l'Europe pour obtenir plus de financements. 
Globalement, Benoît Payan estime qu'il y a "un impensé à Marseille, depuis Gaston Defferre, ce sont les quartiers nord. Toute une partie de la population a été assignée à résidence. C'est le problème majeur des transports dans cette ville : le désenclavement des quartiers nord. Il y a là une partie immense de la jeunesse de Marseille, si on irrigue ces quartiers, si on désenclave, c'est la ville tout entière qui va profiter de cette énergie." Et s'adressant directement à la salle et aux chefs d'entreprise présents, il leur dit que "nous avons besoin de vous pour faire confiance à ces jeunes qui sont marginalisés à cause d'une adresse. Tendez-leur la main, votre rôle est essentiel."
 

Le Pacte Eco 2026 - 2033

Pour conclure, Franck Allisio s'est posé en "seule force d'alternance". Benoît Payan a réaffirmé sa position de "facilitateur pour les entreprises" en précisant que "la relation intime de la ville et de ses entreprises est essentielle", quand Martine Vassal appelle à "un choc de confiance entre l'administration municipale et les entreprises" et confirme sa volonté de "créer un pont économique avec l'Afrique, le continent de demain."

En conclusion, Philippe Korcia, président de l'Upe 13, se félicite d'un débat "intense sur le fond". Il considère "essentiel qu'on puisse passer deux heures à échanger sur l'économie, sur la force des acteurs locaux". Il propose aux candidats présents de signer le Pacte Eco que l'Upe 13 a élaboré sur 6 points pour la période 2026 - 2033 (voir notre article sur ce Pacte), "pour travailler ensemble et faire avancer ce territoire ensemble" car, ajoute-t-il, "sans nous, vous ne pourrez pas développer l'économie locale, mais sans vous, sans votre pouvoir de décision, nous ne pouvons rien faire"

Philippe Korcia propose deux jours de réflexion à chacun, jusqu'à ce vendredi. Franck Allisio et Martine Vassal se disent d'accord pour signer tout de suite et le font. Benoît Payan se laisse le temps de la réflexion jusqu'au délai fixé. 



Michel Couartou
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