Le Crédit municipal, un partenaire discret des Marseillais


Rédigé le Samedi 29 Novembre 2025 par Stéphanie Freedman


Vendredi 5 décembre 2025, à 14h, l'hippodrome Borély accueillera une vente aux enchères exceptionnelle. Bijoux, montres de luxe, objets d'art : environ 300 lots issus du Crédit municipal de Marseille y seront proposés. L'occasion de lever le voile sur une institution tricentenaire qui accompagne discrètement les Marseillais dans leurs difficultés financières.


(photo Robert Poulain)
Depuis plus de 350 ans, le Crédit municipal occupe une place singulière dans le paysage bancaire français. Héritiers des monts-de-piété, les Crédit municipaux sont créés en 1918, et continuent à détenir le monopole du prêt sur gage qu'ils ont obtenu depuis 1804, accordé par Napoléon Bonaparte pour lutter contre l'usure.
Le premier bureau de prêt sur gage est officiellement né en 1462 en Italie, dans la ville de Pérouse, sous l'impulsion de Barnabé de Terni, un moine récollet. À l'époque, les usuriers prêtaient à des taux dépassant 130 % par an. Le Monte di Pietà adopte alors l'emblème de la ville qui l'a vu naître : le griffon, une créature légendaire avec une tête d'aigle, un corps de lion et des ailes. Cet emblème est toujours celui des crédits municipaux français.

C'est à Paris que le fondateur de la Gazette de France, Théophraste Renaudot, ouvre le 27 mars 1637 le premier mont-de-piété dans son bureau d'adresse qu'il transforme en salle des ventes. Cinq ans plus tard, le roi Louis XIII autorise cinquante-huit autres villes du royaume à établir des monts-de-piété. Celui de Marseille voit le jour en 1673, faisant de l'établissement marseillais l'un des plus anciens de France. Une anecdote illustre la démocratisation de cette pratique : même l'un des fils du roi Louis-Philippe, le prince de Joinville, y avait recours. Il dépose un jour en gage une montre au Crédit municipal de Paris pour régler une dette de jeu ! Lorsque sa mère s'étonne de la disparition de l'objet, il prétend l'avoir oublié chez… sa tante. D'où le surnom, qui perdure encore aujourd'hui.
 

Un public méconnu, les travailleurs pauvres

Contrairement aux idées reçues, le Crédit municipal ne s'adresse pas uniquement aux plus démunis. « Le Crédit municipal finance les travailleurs pauvres, ceux qui ont un tout petit salaire, les temps partiels, les intermittents, les retraités avec des petites retraites ou des personnes qui ont des difficultés passagères », explique Benoît de Rosamel, directeur général de l'établissement marseillais. L'institution accompagne aujourd'hui 16 000 clients actifs sur un potentiel estimé à 40 000. Soit, au total, environ 50 000 personnes si on compte les proches. Un chiffre impressionnant pour une institution que beaucoup de Marseillais ignorent encore.
Le profil type du client est une femme (à 95 %), souvent mère de jeunes enfants, âgée d'une quarantaine d'années. « Récemment, il y a quelqu'un dans une profession médicale qui souhaitait aider son fils à faire des investissements dans le vignoble. Il nous a amené des lingots d'or pour financer la modernisation des cuveries », raconte Benoît de Rosamel.
 

Un mécanisme simple et rapide

Le principe du prêt sur gage n'a pas changé depuis des siècles. L'emprunteur dépose un objet de valeur — bijou, montre, œuvre d'art, instrument de musique — qui est expertisé en 10 à 15 minutes. Le prêt représente 50 à 70 % de la valeur de l'objet sur le marché des enchères publiques. À Marseille, le prêt moyen s'élève à 900 euros, avec la possibilité d'obtenir jusqu'à 3 000 euros en espèces immédiatement, puis par virement au-delà. Le montant dépend directement des cours de l'or. « Plus l'or est cher, plus on va prêter d'argent », précise le directeur.

L'établissement réalise environ 500 prêts par semaine, avec une particularité marseillaise : il réceptionne énormément de bijoux en or de 14 à 21 carats. Souvent, des bagues et des parures comoriennes de mariage, offertes pour servir d'aide financière en cas de besoin. Le taux d'intérêt appliqué est d'environ 4 %, sans frais de dossier. « Pour un prêt de 1 000 euros sur 3 ans, les intérêts sont d'environ 21 euros par an », calcule Benoît de Rosamel. C'est effectivement Incomparable avec les taux pratiqués par les organismes de crédit à la consommation… « Mais 21 €, pour certaines personnes, c’est vital », souligne le directeur.
 

Le microcrédit, l'autre visage de la solidarité

(photo Robert Poulain)
Au-delà du prêt sur gage, le Crédit municipal développe activement les microcrédits, de 0 à 8 000 euros remboursables sur 84 mois maximum. « Récemment, nous avons octroyé un microcrédit à une femme battue qui, après avoir été accueillie par le département, a voulu reprendre une formation. Il lui fallait ce microcrédit pour financer sa voiture et lui permettre de suivre la formation », témoigne Benoît de Rosamel. Il raconte aussi cette histoire d'un dirigeant de startup dont l'entreprise a été rachetée par un fonds de pension et qui s'est retrouvé sans plus rien. « Avant de retrouver un travail, il lui fallait faire vivre femmes et enfants. Il a dû solliciter un microcrédit chez nous. »
« Ce qui est génial, c'est que, à travers ces microcrédits, non seulement nous vivons une aventure humaine, mais en plus nous recevons des boîtes de chocolat et de bonbons. Les gens sont ravis et tellement heureux de pouvoir financer un projet ou traverser une mauvaise passe », sourit Benoît de Rosamel.

Un projet de déménagement pour une installation à une adresse plus accessible aux transports en commun a été acté par le Conseil municipal. « Notre objectif, c'est de faire savoir aux Marseillais qu'on existe et d'être toujours plus proche des gens », insiste Benoît de Rosamel. « C'est vital, absolument vital, car le Crédit municipal est un vrai levier d'action sociale », conclut-il. 
Le Crédit municipal est un établissement bancaire de plein exercice, comme les autres, et qui génère des bénéfices. « Mais, l'argent que gagne notre institution est au bénéfice des autres. Il est confié au CCAS de la ville de Marseille pour investir dans les actions sociales. » Moins de 5 % des objets gagés finissent vendus aux enchères. Les clients récupèrent presque toujours leurs objets. Le Crédit municipal stocke tous ces objets gagés (46 000 aujourd'hui) dans un lieu tenu absolument secret, « à l'abri de la lumière, de l'humidité, des insectes. Tout est parfaitement sécurisé ».

Opération inédite et vente aux enchères

Benoit de Rosamel, directeur général, et Christelle Gerlier, directrice générale déléguée. (photo Robert Poulain)
Entre le 1er décembre et le 31 janvier 2026, l'établissement lance une opération inédite, un dégagement gratuit pour les objets d'une valeur inférieure à 50 euros. « Une bague en argent, un petit bracelet, une paire de boucles d'oreilles... Ce sont des personnes qui sont dans le besoin pour faire des courses, pour manger », justifie Christelle Gerlier, directrice générale déléguée.

Le vendredi 5 décembre 2025, à l’hippodrome Borely, le Crédit municipal organise une vente aux enchères qui proposera des sacs Louis Vuitton, des montres Rolex, des bijoux et des tableaux. Le catalogue est consultable en ligne : https://www.interencheres.com/art-decoration/vente-exceptionnelle-credit-municipal-de-marseille-668171
Les excédents seront reversés aux propriétaires initiaux qui n'ont pas pu ou pas voulu récupérer leurs biens.

 



Stéphanie Freedman
Lire aussi :