Le Port de Marseille-Fos mise sur sa dynamique pour se projeter vers 2030


Rédigé le Mardi 20 Janvier 2026 par Jean-Christophe Barla


Avec un trafic et des investissements en hausse en 2025 et un projet stratégique jusqu’en 2029, le Port entame en confiance le 2ème quart du 21ème siècle. Convaincu qu’une vision claire rend moins fragile dans les bouleversements mondiaux.


Hervé Martel et Christophe Castaner se réjouissent de la capacité du Port à faire face aux secousses mondiales. (Photo JC Barla)

Après avoir présenté fin 2025 les principaux chapitres de son projet stratégique "Marseille-Fos 2025-2029", le Grand Port Maritime de Marseille (GPMM) a détaillé ce 21 janvier son bilan 2025 et ses intentions pour 2026. Il ne dissimule pas son ambition, au croisement de tous les enjeux qu’il doit prendre en compte, du plus local, comme ses rapports avec la ville de Marseille et le territoire, jusqu'à l’international, pour tenir son rang dans les soubresauts multiples et continus du commerce mondial, depuis l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis.
Comment naviguer au mieux dans un tel contexte de « montée des températures » géopolitiques et économiques ? Président du conseil de surveillance, Christophe Castaner a dévoilé le choix du port de Marseille-Fos : « Un effort massif d’investissement, trois fois supérieur à la période précédente » pour décarboner, accentuer les développements et reconquérir de la compétitivité, à savoir entre 1 et 1,3 Md€ sur les cinq prochaines années dont 130 M€ pour 2026 contre 105 M€ en 2025.

Réindustrialiser massivement

Pivot de ce projet pour l’avenir, la zone industrialo-portuaire devrait concentrer 77 % des investissements envisagés. C’est là en effet que doivent se concrétiser les 10 à 15 Md€ d’investissements industriels et 10 000 emplois supplémentaires attendus dans les prochaines années, dès lors qu’y auront été réalisés les aménagements d’espaces et infrastructures nécessaires pour les accueillir, ligne de 400 kV incluse évidemment…

« Nous avons déjà obtenu les autorisations administratives et les financements des opérations pour réaliser des aménagements routiers sur le môle central de la zone de Fos et monter en puissance. Nous savons que nous sommes très attendus », indique Hervé Martel, président du directoire. D’autres autorisations ont également été obtenues pour de nouveaux entrepôts logistiques. Il ne s’inquiète pas des éventuelles menaces que l’environnement géopolitique pourrait faire peser sur les projets portés (Carbon, Gravithy, H4, Elyse Energy…) et la capacité de ces entreprises à prendre cette année leurs décisions définitives d’investissement. « Chacun avance, le calendrier est tenu à ce jour », dit-il.

Quant à sa propre intention de développer la plateforme baptisée DEOS dans le but de déployer un savoir-faire dans l’éolien offshore, le GPMM attend des précisions sur le contenu des autres projets. Le Port voudrait éviter d'investir à blanc et préfère attendre pour voir comment s’adapter aux contraintes de la proximité de la base aérienne d’Istres. « Nous présenterons un projet sécurisé au conseil de surveillance », assure Hervé Martel.

Décarboner durablement

Avec son bilan 2025, le Port peut s’appuyer sur un socle encourageant : 74 millions de tonnes en trafic global (+ 5 %), 235,3 M€ en chiffre d’affaires (+ 5 %), 4,1 millions de passagers (+ 4 %) dont 2,6 millions de croisiéristes (+ 7 %). La décarbonation se conforte (28 % de navires de croisières en escale sont propulsés au GNL et 86 % des escales connectables ont été branchées à l’électricité) et se renforcera encore en 2026 avec trois postes de branchement électriques à quai pour les paquebots de croisière. Même le report modal progresse de 10 %, avec 16 % de conteneurs sur le rail et 5 % sur le fleuve. « Il y a des exigences fortes exprimées, mais l’ensemble de la classe politique marseillaise est aligné sur le soutien à apporter au port. Ce n’était pas acquis », se félicite Christophe Castaner, en assurant que les améliorations se poursuivront sur les points de fragilité qui demeurent.

Accentuer le report modal

Les objectifs affichés pour accroître les trafics sur l’axe Méditerranée-Rhône-Saône et étendre ainsi l’hinterland pour capter de nouveaux flux constituent à ses yeux un autre axe potentiellement porteur pour l’avenir parce qu’ils « réaffirment le port de Marseille comme porte d’entrée » avec l’appui de l’ensemble des acteurs impliqués (Compagnie Nationale du Rhône, Voies Navigables de France, chargeurs…). « Nous voulons atteindre les 200 000 conteneurs et 11 % en volumes de part fluviale en 2040. C’est atteignable et raisonnable, nous investissons en ce sens pour réduire les ruptures de charges et travaillons même avec la CNR à des incitations financières. Nous savons que nous avons de la marge sur le fleuve », indique-t-il.



Jean-Christophe Barla
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