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L'UIMM passe au crible quatre candidats sur la réindustrialisation



Le 9 mars, le syndicat interprofessionnel a réuni ses représentations locales dont Alpes-Méditerranée à la Mutualité à Paris pour entendre les propositions de candidats à la présidentielle. Réindustrialiser est un objectif partagé. Pas forcément avec les mêmes méthodes...

           

Pour Eric Trappier, président de l'UIMM, il ne suffit plus de parler de réindustrialiser, il faut le faire. (photo JC Barla)
Pour Eric Trappier, président de l'UIMM, il ne suffit plus de parler de réindustrialiser, il faut le faire. (photo JC Barla)
La France de 2027 sera-t-elle plus industrialisée qu'à la veille de cette élection présidentielle ? L'épidémie de COVID a provoqué une prise de conscience globale sur l'état de désindustrialisation de notre pays et ses conséquences pour sa souveraineté et son indépendance. L'Union des Industries et Métiers de la Métallurgie (UIMM) a voulu savoir comment les candidats envisagent de reconstruire la capacité et la compétitivité industrielle des entreprises françaises et les a donc conviés, après avoir conçu un livret très argumenté de 15 propositions, à la salle de la Mutualité à Paris, où se sont retrouvées les délégations régionales du syndicat dont Alpes-Méditerranée, autour de son président Thierry Chaumont. Les huit principaux candidats étaient annoncés dont le président de la République en exercice. Seuls quatre sont venus exposer leurs idées et répondre aux questions de la salle : Eric Zemmour, Anne Hidalgo, Marine Le Pen et Valérie Pécresse. Pour Eric Trappier, le président de l'UIMM, la crise de l'Ukraine, après une pandémie aux retombées persistantes, oblige l'Etat à trouver des solutions à court terme aux bouleversements qu'elle va provoquer, ne serait-ce qu'avec l'explosion des coûts de l'énergie. Mais il importe à ses yeux de travailler à une reconstruction de l'industrie française sur le long terme pour restaurer son attractivité, notamment auprès des jeunes qu'il faudra former aux métiers de demain. Chacun dans leur style, les quatre invités ont formulé des propositions plus ou moins tranchées...

Convergences de constats

Pour Eric Zemmour, premier à ouvrir la session, "il n'y a pas de mondialisation heureuse". Précis sur les mesures qu'il envisage, il s’emploie à montrer qu'il a su entendre nombre de revendications des entrepreneurs sur la baisse des impôts de production jugés "premiers responsables du déclin", les effets des seuils qui empêchent les PME de grandir, la lourdeur des normes et réglementations qui pénalisent l'initiative, les frais de successions qui fragilisent la transmission des entreprises familiales, la création d'un fonds souverain pour éviter de laisser à des investisseurs internationaux les bénéfices de la croissance des pépites françaises ou encore l'instauration d'une priorité nationale dans les commandes publiques... Et bien sûr en finir avec les inégalités par rapport aux concurrents étrangers : "Les entreprises françaises n'ont pas besoin de protection mais d'équité" a-t-il conclu, avant de prier tous les industriels présents de ne pas renouveler l'erreur des années 70 de leurs prédécesseurs, consistant à puiser dans une immigration extra-européenne des solutions à la pénurie de main d'oeuvre... Quelques unes de ces propositions sont avancées également par Marine Le Pen et Valérie Pécresse, selon des modalités variables (impôts de production, simplification des normes, patriotisme économique sur les marchés publics, réorientation de l'épargne des français vers l'industrie...). Pour Marine Le Pen, "seuls les pays maîtres de leur industrie seront libres". Avec l'explosion des coûts de l'énergie, elle juge impératif de sortir du marché européen de l'électricité pour redonner à la France une marge de manœuvre grâce à sa filière nucléaire, mais aussi l'hydroélectricité ou sa capacité d'innovation en matière d'hydrogène. Elle refuse de faire payer aux Français des choix adoptés à Bruxelles guidés par la politique allemande. Elle dit vouloir obliger l'industrie automobile nationale à produire à nouveau en France au lieu d'enrichir avec ses usines l'Europe de l'Est ou la Turquie et s’affiche déterminée à lutter contre les fraudes à l'importation. Elle voit enfin dans la réindustrialisation de la France un enjeu d'aménagement du territoire, dès lors que l'Etat aura repris en main les infrastructures, autoroutes notamment.

Divergences sur le nucléaire

Valérie Pécresse perçoit aussi l'industrie comme un moyen de revitaliser des territoires ruraux. "Il est absurde de vouloir leur appliquer le zéro artificialisation nette" dit-elle. Elle mise sur l'innovation en voulant consacrer un appui financier massif aux grands projets de rupture et de recherche. Elle aussi attentive aux récriminations des entrepreneurs sur les complexités des réglementations françaises, elle veut "diviser par deux les délais de procédures administratives". Face au manque de compétences, elle promet 1 million d'apprentis à 2027. Et s'avoue prête à mettre sur la table la discussion de confier la formation professionnelle aux branches qui se sont donné les moyens de l'assurer, même si elle défend l'idée d'en confier la responsabilité aux régions. Quant à Anne Hidalgo, elle veut embarquer les industriels dans quatre "odyssées" sur les thématiques de santé, d'énergies renouvelables, de mobilité et de numérique. A ses yeux, un nouveau système d'orientation et de formation professionnelle s'impose qui soit plus fondé sur les désirs des jeunes que sur un "déterminisme social et géographique". En matière d'énergie, elle ne veut plus de "l'enfermement" dans le nucléaire, ni de nouvelles centrales, partant du principe qu'une telle option créerait de nouvelles dépendances par rapport à l'uranium et de potentielles nouvelles crises, sans compter les risques de sûreté ou sur le stockage des déchets. "Les marchés à forte valeur ajoutée sont sur les énergies renouvelables" martèle-t-elle. Et pour lutter contre l'accentuation des inégalités salariales au sein des entreprises, elle avance l'idée d'un malus appliqué à toutes celles qui ne s'engageraient pas dans un rééquilibrage entre les revenus versés aux actionnaires et les rétributions des employés. "La contrainte peut avoir ses vertus" confie-t-elle également pour parvenir enfin à une égalité salariale entre hommes et femmes à compétences similaires, allant jusqu'à envisager un dispositif de "certification" pour les bonnes élèves et de sanctions pour les autres.

Enfin entendus !

Alors que le débat démocratique est étouffé par la médiatisation de la crise entre la Russie et l'Ukraine, l'UIMM a permis à plus de 600 de ses membres et invités d'entendre des visions différentes, à défaut d'exhaustivité. Les membres de la délégation régionale ont apprécié l'échange et sa convivialité, après deux années où réunions publiques et débats étaient impossibles ou très limités. La satisfaction était surtout de noter qu'après avoir alerté les politiques durant des années sur les risques et effets de la désindustrialisation, ces derniers semblaient désormais partager la conviction de réindustrialiser. Cet effet secondaire du COVID, personne ne s'en plaindra. Encore moins s'il se prolonge dans le temps. "Nous avons tous la volonté, maintenant la question est de le faire" insiste Eric Trappier.


Rédigé par Jean-Christophe Barla, le Jeudi 10 Mars 2022 | Lu 235 fois




Jean-Christophe Barla


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