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Martin Vanier: « Marseille est une ville monde »


           



Martin Vanier  est géographe au cabinet Acadie. En 2014, il avait passé au crible la structuration territoriale de l’économie de l’aire urbaine Aix-Marseille pour le compte de la mission interministérielle chargée d’élaborer le projet métropolitain. Trois ans et un agenda du développement plus tard, il nous livre sa vision de l’architecture économique du territoire.

Businews : Trois ans après le diagnostic que vous aviez dressé pour la mission interministérielle, la Métropole s’apprête à voter son agenda du développement économique. Quels sont les atouts du territoire ?

Martin Vanier : Hors Paris, Marseille est la seule métropole dotée d’une vraie capacité de projection mondiale, au carrefour de l’Europe et de l’Afrique. Ce rayonnement est ancré dans sa longue histoire qui remonte à l’Antiquité. C’est aussi une ville de réseaux commerçants et de diasporas, multiculturelle par son ouverture sur le grand large. En cela, elle est tout le contraire de Lyon, cité dont le rayonnement repose sur la bourgeoisie locale, une élite industrieuse très enracinée dans son territoire.

Marseille est aussi une « ville paysage », l’une des rares villes au monde à jouir d’un environnement d’une exceptionnelle richesse avec dans un rayon de 50 kilomètres des sites connus mondialement comme les calanques, la Sainte-Victoire, les Alpilles, la Camargue... Ce cadre de vie, ces aménités sont des atouts extraordinaires qui séduisent non pas seulement les retraités mais tous les actifs ayant une capacité d’autonomie professionnelle : les créateurs, les cadres, les chercheurs... ces élites économiques et culturelles qui sont dans le champ de radar des investisseurs.

Bnws : Marseille est aussi une cité portuaire. Quel regard portez-vous sur la relation entre la ville et son port de commerce ?

M. V. : A Marseille, le port est sorti de la ville dans les années 60 pour s’étendre du côté de Fos-sur-Mer. Cette prise de distance a impacté la sociologie des élites économiques : contrairement  aux grandes villes portuaires du nord de l’Europe comme Rotterdam ou Anvers où la bourgeoisie est étroitement liée à l’activité maritime, ici, cette relation est moins affirmée. Il y a quelques fleurons telle la CMA CGM avec sa tour, mais le tissu économique de Marseille et de sa région ne se résume plus à son port. Il forme un espace en archipels irrigué par quelques grands secteurs stratégiques : il y a bien sûr toujours le port et la logistique mais aussi la transformation des ressources (Iter, énergie), les activités de production mondialisées (aéronautique, micro-électronique, biotech...), les activités de la promotion et la mutation urbaine (BTP, immobilier, économie culturelle...), les fonctions support (commerce, services, maintenance...) et enfin l’encadrement public (administrations). Ces grands secteurs d’activités ne sont pas cantonnés à un territoire. Ils font système, reliés qu’ils sont par de vastes corridors qui maillent l’ensemble de l’espace métropolitain.

Bnws : L’agenda met en exergue des filières de pointe comme la santé, l’énergie, l’aéronautique, le numérique... Autant de filières d’avenir ?

M. V. : Ces filières sont évidemment stratégiques. Mais elles ne sont pas l’apanage de Marseille. D’autres villes affichent une véritable expertise dans ces domaines : Toulouse a l’aéronautique, on trouve des projets de plates-formes éoliennes ailleurs, la French Tech irrigue tout le pays... Encore une fois, le point fort de Marseille, c’est sa dimension mondiale. Avec son port, elle est au croisement des échanges. La réconciliation de la ville et du port est un enjeu clef. On le voit avec le boom des croisières.

Propos recueillis par Jacques Poulain

Photo : Un portrait de Martin Vanier © DR

oolive


Rédigé par oolive, le Mardi 28 Mars 2017 | Lu 0 fois





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